samedi 5 mars 2011

Evolution de l'individu : la naissance du Moi

Le devenir de l’Homme.
Qui suis-je ? où vais-je ? (1)

Pour répondre à ces questions il nécessaire de remonter à la source de notre naissance. Car avant de naître, il y a eu la procréation, la méiose qui est l’apport des 50% du patrimoine génétique et psychologique de chaque parent. A partir du zygote (cellule-œuf) issu de la fécondation, de nombreuses mitoses vont former un embryon qui deviendra le fœtus. Après la naissance l'enfant passe par un stade jeune et ce n'est qu'après la puberté et pendant sa vie adulte qu'il y aura maturation de ses gonades (glandes sexuelles) qui produiront des gamètes (cellules reproductrices: spermatozoïdes ou ovocytes). Les gamètes transmettent le matériel génétique (chromosomes) d'une génération à la suivante : ce matériel peut être étudié en réalisant un caryotype. Celui-ci est constitué de l’ADN et l’ARN.
Il est important de savoir que l’ADN ne renferme pas uniquement notre bagage physique comme notre couleur de cheveux ou des yeux, notre amour pour les maths ou la philo, ou l’explication de notre QI qui nous vient du…. Ou de….. Anne Ancelin Schützenberger professeur à l’Université de Nice nous explique aussi que la mémoire de l’ADN renferme les petits - ou vilains - secrets de nos aïeux. Aïe, Aïe, Aïe !
Et nous voilà à  notre naissance avec notre inné.
Pour mieux comprendre, il nous faut admettre que l’individualité englobe, entre autre :
·       un subconscient biologique,
·       un subconscient culturel.
·       un subconscient individuel.
Ils se manifestent par l’intermédiaire du monde des rêves, les comportements, les symboles personnels et/ou universels, les Archétypes. Tout cela va exprimer notre personnalité.

Essayons d’y voir plus claire en prenant des exemples.

Notre héritage biologique, nos troubles chromosomiques sont des critères qui  agissent sans que nous en ayons conscience. Le subconscient biologique agira sur la personnalité par la nourriture ingérée. Les individus carnivores ont une optique de la vie différente des végétariens. Les esquimaux développent des résistances à des maladies dues au froid comme les peuples d’Afrique ont développé une pigmentation de la peau pour contrer les effets du soleil. Tous ces éléments - nourriture, sol, latitude de l’habitat influeront considérablement sur les coutumes et styles de vie d’un individu par rapport à un  autre qui vit dans un autre coin du monde.

On est sûr que les blessures physiques ou psychologiques laissent dans notre mémoire un traumatisme qui s’inscrit dans notre chair ou notre psyché : il faut certainement d’autres méthodes, en complément,  que la verbalisation du choc pour retrouver la santé psychologique. Cet ébranlement transparaît à chaque souvenir du traumatisme, c’est normal, cela peut être un signe de guérison. Souvent aussi, ce souvenir inconscient provoque chez l’individu un phénomène d’évitement lié à cette cause qui remonte parfois à l’enfance, ou choc subi.

On peut fouiller plus fondamentalement encore avec le « Thanatos » ou instinct de mort et l’« Eros » ou instinct de vie qui nous vient de notre héritage animal. Nous avons conservé, d’ailleurs, beaucoup de comportements similaires aux mammifères. Depuis notre apparition sur terre, nos cellules se sont transformées selon le hasard et les circonstances qui en végétaux, qui en animaux, s’adaptant et se spécialisant particulièrement bien au milieu dans lequel ils vivent. Seul l’homme a pris le parti de ne pas se spécialiser. Alors qu’à cause de la modification du milieu ambiant des animaux disparaissent, seul l’homme renforce sa population. Il est le seul animal à courir, escalader, nager, même sous l’eau. (de l’autre coté du Miroir de K. Lorenz) . Et il a, depuis, appris à voler grâce à l’invention de l’avion.

Depuis Jung, nous savons que chaque individu baigne dans un inconscient collectif.

Les instincts, bien qu’identiques chez tous les Hommes, se manifestent différemment selon l’« Ethos » qui prend racine dans le subconscient culturel auquel nous appartenons : nos langage, comportement, habillement nous différencient selon le groupe social d’appartenance. Au nord de la Méditerranée, les habitants appuient leur savoir sur l’écrit alors qu’au sud, le savoir se perpétue par l’oral : deux modes de fonctionnement qui ont du mal à se tolérer et à se « parler ».

Ainsi l’homme sexualise son environnement. Par exemple le monde germanique inverse les valeurs sexuelles par rapport à la vision de la culture française : la soleil, le lune, le forêt, le mort etc. Nous percevons mieux le monde romantique allemand qui se manifeste superbement au travers de la « chevauchée des Walkyries ».

George Durand donnera une approche structuraliste basée sur une classification tripartite commune à tous les Hommes :
·       le réflexe de la verticalisation (enfer-ciel, rituels d’élévation, les hiérarchies) un des symboles majeurs est le phallus, représenté par le glaive, le sceptre et l’épée figurant, elle, le symbole de la pensée active,  de la création « Verbe – Lumière - son ».
·       le réflexe digestif lié à la transformation, à l’élimination (contenant - contenu, la crypte, l’athanor) représenté par le symbole de la coupe. On pourra voir ici la symbolisation de la femme. Ces deux éléments sont dissemblables. Toutefois le premier ne saurait être considéré comme supérieur au second. Tous deux sont nécessaires et complémentaires pour la manifestation du troisième réflexe, à savoir :
·       le réflexe cyclique (les saisons, la rythmique, la sexualité) symbole d’action représenté par la roue.
Le symbole de la roue est particulièrement fort. Nous pouvons lui donner deux interprétations :
a) Généralement on pense à deux schèmes, ceux-ci ont la même explication : le chiffre 13 qui correspond dans l’un

a1) les 12 mois de l’année - représentés par les douze signes du zodiaque. La terre parcourt sa circonvolution autour du soleil (le 13°). Au cours de sa ronde la terre manifeste les saisons en fonction de sa position.
dans l’autre
a2) aux apôtres Le 13° est le Christ qui se substitue au Soleil symbolisant la « vie ». Chaque apôtre manifestant la philosophie de celui-ci.

b) La roue est une circonférence qui manifeste l’action du moyeu - le Centre.
Il est intéressant de visualiser une manifestation sur un point du cercle. Elle va suivre le mouvement circulaire du centre. La position du point subit l’action du centre : ascension - chute ; progression - décadence. Nous pouvons ainsi comprendre la vie, la mort d’un produit, d’une idée, d’une civilisation.
Si nous considérons que notre place est au centre, notre rayonnement exprime des manifestations. Nous sommes nous même, créatif, actif, identique, et avons une attitude linéaire et stable. « Nous sommes dans l’ETRE ».
Si nous nous plaçons sur le plan de la manifestation - sur la circonférence nous sommes le jouet de forces, en nous inconscientes, que nous subissons. Nous manifestons la loi d’ascension et de chute alternativement. « Nous sommes dans l’avidité et dans la course au paraître encore et dans l’avoir toujours plus »

Il appartient à chacun de se déterminer : manifester la circonférence en « courant » après l’avoir, le paraître ou manifester le centre, manifestant ce que l’homme est, lorsqu’il a vu son « V.I.T.R.I.O.L. ».

Enfin, celui que nous connaissons le mieux depuis Freud, l’inconscient individuel qui prend sa source dans notre habitus primaire (Mère - Père). C’est Konrad Lorenz qui a décrypté le phénomène de l’« empreinte » auquel tout humain est sensible. Cette première rencontre avec.....l’Autre, ...les objets...., les événements..., s’ils sont chargés d’émotion vont avoir, la vie durant, un retentissement qui peut, à un moment donné, susciter des réactions irrationnelles, du moins incompréhensibles si l’on n’en connaît pas la raison.

J’ai évoqué ci-dessus l’importance de la méiose. Sur le plan psychologique, pour l’enfant, ses parents sont et ont le pouvoir de Dieu et ainsi, dans l’inconscient, se formeraient l’archétype de Dieu le Père et de notre Mère Gaïa, qui le suivront partout. Ce faisant, il verra la représentation externe d’un symbole avant de le découvrir en lui. C’est grâce à cette particularité, entre autres, que la résilience est possible d’ailleurs. Généralement ses parents, pour des raisons d’ignorances, le maintiendront dans l’erreur, comme eux l’ont été, depuis la nuit des temps. Chaque parent apportera une note particulière selon la culture dans laquelle il baigne.

On comprend peut-être mieux que l’empreinte liée au langage fixe un lien symbolique avec la réalité qui détermine un « étiquetage » culturel (Habitus primaire et l’Ethos). Ce codage est à l’origine d’une logique comportementale qui est une logique d’émotion. Celle-ci assure sa cohérence et sa prévisibilité que l’on retrouvera sous différentes formes chez l’individu.

Nous pouvons dire que l’Archétype de référence culturelle inconscient lié à une forte charge émotionnelle explique sa puissance affective autonome, responsable de perceptions et réactions irrationnelles. L’énergie engrangée qui sera réactualisée et libérée à chaque rencontre avec un stimulus symbole semblable déclenchera une réponse culturelle adaptée à sa logique.

L’enfant sera impressionné par ces divers « agrégats –subconscient- », qui une fois adulte, s’en servira comme mode d’expression.

Mais comme le souligne heureusement Ruffié «l’être humain demeure étonnamment éducable sa vie durant ». Pour le comprendre, nous allons retrouver deux voies qui l’ont impressionné en écoutant ce qu’il dit (par l’écoute active) et découvrir l’empreinte émotionnelle pour saisir leur impact.

Heureusement, en Europe ou dans le monde Occidental du moins, les symboles ou signifiants sont communs à quelques nuances près. Ce qui facilite la communication mais n’interdit pas les nuances. Ce sont celles-ci qu’il nous appartient de comprendre au risque de situations cocasses ou dramatiques.

Il parait important de ne pas perdre de vue, à notre avis, que la communication commence à l’intérieur de nous-mêmes. Nous avons 7 formes d’intelligence. A l’école, nous n’en travaillons que 4. Parmi les oubliées, se trouve l’intelligence intra personnelle avec laquelle nous nous parlons comme à un ami ou à un ennemi. Nous ne pouvons exprimer que ce que nous sommes. Emerson disait « ce que tu es crie plus fort que ce que tu dis » Cette expression sera un mélange des trois niveaux de notre individualité subconsciente qui se traduiront sur le plan hiérarchique comportemental par :
·       l’inconscient biologique, siège des instincts, donnera naissance aux besoins
·       l’inconscient culturel, siège des modèles et autres schèmes, donnera naissance à l’intensité de la force du vouloir
·       l’inconscient individuel, siège des complexes, donnera naissance aux désirs.
Le sens de progression allant des besoins physiologiques à satisfaire aux désirs provoqués. C’est le domaine de l’inconscient. La censure (le « sur moi » de Freud) refoule les désirs dans l’inconscient des individus. Les souvenirs de la vie parfois s’interpénètrent, se mélangent, à ce niveau. A-t-on le souvenir d’un rêve ? Est-ce un rêve, ou le souvenir d’une réalité vécue ? Parfois la ligne de séparation est floue ou difficilement définissable.

C’est le monde de la préconscience, puis, toujours en s’élevant, nous arrivons dans le monde de la conscience.

Après le stade de la conscience nous allons entrer dans l’imaginaire : c’est le monde des projets dont l’on n’ose pas accoucher à cause des résistances (les interdits acquis, des inhibitions depuis notre enfance par exemple ou les évitements anxiogènes.)

B) A partir de la conscience, plus ou moins vive – de l’imaginaire -, l’individu projette des schémas comportementaux en vue d’une concrétisation :
·       l’imaginaire individuel projette l’image du « Moi »
·       l’imaginaire culturel projette les symboles, le langage, les modèles ou les schèmes.
·       l’imaginaire biologique projette les images d’archétypes de nature biologique qui sont particulièrement représentées par la sexualité entre autres.
A ce stade, nous pouvons dire que le langage exprimé ou le non-dit, comme la gestuelle, imprime l’inconscient et qu’il s’exprime ensuite selon ce processus : imaginaire, langage, action puis résultat et conséquence.

Nous sommes sans cesse en train de communiquer : par nos paroles, notre regard, notre tenue vestimentaire, nos comportements et attitudes, nos gestes et par bien autre chose. La rétroaction, si nous sommes attentifs, permet de jauger de notre impact sur l’autre.

Il apparaît que nous sommes la somme de l’inné qui nous vient de nos parents, d’une somme d’acquis par notre expérience personnelle et aussi d’une somme de réactions  conscientes ou pas au présent de notre vie à chaque instant. Notre perception du présent est modifiée par ces diverses « lunettes », qui sont nos forces d’habitudes à penser comme…, à agir comme…, sans avoir une seule seconde, à l’esprit, que nous sommes les premiers responsables de nos pensées, de nos agissements et de leurs conséquences. Combien de fois, nous agissons en toute bonne foi, oubliant, tout bêtement par habitude, et donc par manque de vigilance, un critère important dans notre analyse qui fera basculer un prévisible succès en échec retentissant ? La vie est constamment en mouvement, jamais identique, tout se renouvelle, tout change. La loi de la vie est loi de renouvellement, de créativité pure, de changement. Un bloc de pierre subit les modifications de température, de pression du milieu ambiant, rien ne résiste à celui-ci comme le démontre par exemple la rose des sables. Ce qui est vrai pour la matière l’est d’autant plus pour la végétation, l’animal et pour l’homme. Cependant si l’animal possède infiniment plus de liberté que les plantes, pour l’homme nous devons diriger notre regard vers un autre domaine, encore plus vaste. Un animal est conditionné par son héritage biologique. L’évolution chez l’homme est plus psychique que physique. C’est dans le domaine de l’esprit que l’homme ira vers plus d’autonomie et plus de liberté.  Si le règne de la force de l’habitude semble étendre sa puissance dans le domaine de la matière, tout autant que notre psychique, il  est pourtant possible à l’homme, d’échapper à son emprise. Nous savons médicalement que nos cellules naissent et meurent donc se renouvellent sans cesse. Pour preuve, je suis fumeur, et suis addicté, mes cellules sont celles d’un fumeur. J’arrête de fumer, tout le corps médical, vous dira qu’au bout d’un certain temps, vos cellules sont celles d’une personne saine. Le fait d’arrêter de fumer provient du psychisme et non du physique. C’est dire que l’esprit a le dessus sur la matière. En a-t-on conscience ?

Tout thérapeute vous confirmera du caractère soudain de la délivrance de forces d’habitudes. Cela s’appelle la catharsis. Nous voyons bien qu’ici et très, voire trop, souvent notre histoire d’homme est une lutte au cours de laquelle s’affrontent deux tendances : l’inertie des forces d’habitude et le dynamisme de la force de vie. D’où l’intérêt de nous remettre en question, de conscientiser nos peurs, nos désirs, ce que nous sommes réellement, de répondre à ces questions, d’où je viens, qui suis-je, où vais-je et pourquoi.

Il ne faut pas que les forces d’habitude polluent notre mental. Prenons l’exemple du biologiste Baker de l’Université de Londres. Si nous plongeons des cellules d’un tissu vivant dans une solution colorante, les tissus vivants résistent à la pénétration. Dès qu’une action électrique violente entraine la mort du tissu vivant, la solution colorée pénètre immédiatement dans les tissus. Par analogie, si nous voulons que la Vie s’exprime dans le domaine de la pensée, nous devons nous affranchir des contraintes psychologiques du milieu ambiant anxiogène ou dans lequel on se sent être agressé. Il y a nous et il y a l’environnement – et par environnement j’entends l’univers politique, religieux, économique, votre voisinage, notre parentèle, etc.,  dans lequel nous sommes. Ce sont deux choses bien différentes. Ce que veut l’environnement n’est pas forcément ce que nous voulons pour nous. Un mental réellement vivant ne se laisse pas envahir par les colorants mentaux qui l’entourent.

Les expressions de ces courants d’habitudes sont multiples et en constante évolution : ce sont mon église qui me fait croire que…, le marketing économique qui me fait croire que…, la vision de sa Respectable Loge et de l’Obédience à laquelle l’individu est affilié lorsqu’elle est mal dirigée, de son parti politique, etc. Les habitudes mentales, telles que les dogmes, systématisations de la pensée, les pensées uniques en usage ici ou là, les croyances, idées fixes, distorsions cognitives, etc., jouent le rôle de colorants mentaux dont il est indispensable que le psychisme s’affranchisse s’il veut être disponible et choisir en conscience ce qui est bon pour lui et pour les autres.

Maintenant, à la lumière de ce qui précède, nous allons résumer les particularités des trois phases de l’évolution psychologique de l’homme. La 1ère est la période de l’enfance où le « moi » se forme, la deuxième est la période où le moi, s’étant constitué, se développe jusqu’à son complet épanouissement que l’on peut identifier à l’adolescence et enfin la troisième où le moi cède la place devant l’individu parvenu à maturité. (Période où justement l’individu brise son moi comme nous le verrons afin qu’il accède à ce qu’il est.) Pour mieux préciser ma pensée, chacun a été parent ou a été entouré d’enfants pour comprendre.

Lors de la première période, c’est la naissance du « moi ». L’enfant, de quelques jours, ne fait pas encore la distinction entre lui et sa mère. Au bout de quelques semaines, pourtant sa personnalité s’ébauche et va se renforcer au fil des mois, des années. Les 36 premiers mois sont primordiaux disent les psychologues. Le petit de l’homme imite, copie, il ne pense pas encore par lui-même. C’est là que les « colorants mentaux du milieu ambiant : préjugés, croyances ou systématisation de pensées rigides » sont les plus absorbés puisque l’enfant n’est pas capable de savoir ce que son environnement lui donne, lui apprend et prend sans savoir si c’est bon ou mauvais pour lui. Pour lui, papa – maman sont les archétypes du dieu vivant qui veulent son bien. Inconsciemment, il sait qu’il leur doit la vie, sa nourriture, son existence et son devenir. A ce moment tout ce qui provient de ses parents est un acte d’amour qu’il n’est pas prêt à remettre en cause. Penser que ses parents peuvent être anxiogènes est un non-sens. Dés que le parent délègue son autorité à l’école, la garderie, au voisin, tel le mouton de Panurge, l’enfant suit. Il subit l’enseignement culturel ambiant, aucune liberté, aucune initiative ne lui est accordée, il doit adhérer aveuglement aux opinions prédominantes du moment et du lieu où il se trouve. Si cet environnement est ouvert, initiatique, ce manque de liberté apparent lui permet de structurer ses apprentissages comme l’acquisition de la grammaire permet par la suite à l’écrivain de manifester sa liberté d’écrire. Où se trouve la limite entre une structuration de la personnalité et une déviance psychologique dont la puissance oblitère le jugement individuel de l’enfant ou de l’apprenant ou en Maçonnerie l’Apprenti ?

Que se passe-t-il dans un Atelier ? La similitude est grande.

Pendant les premières années de la vie, l’adulte s’installe dans le mariage, « fait son trou » dans la société économique puis, parfois, il se dit qu’il lui manque quelque chose ? Quoi ? Il se bat dans le monde matériel avec plus ou moins de bonheur et, un déclic, un manque se précise au niveau de la psyché. Il prend conscience que le spirituel est présent dans sa vie mais non suffisamment mis en valeur et qu’il faut en tenir compte. Certains entrent dans les Ordres, d’autres vont livrer batailles dans un Parti Politique, enfin quelques-uns frappent à la porte du Temple. C’est un nouveau départ, une remise en question : l’initiation n’est pas anodine, elle marque à jamais l’individu : il y a une manière de pensée différente de celle dont il a l’habitude. C’est un choc émotionnel certain.

1° Comme pour l’enfant, c’est la naissance du « moi ».

La personnalité maçonnique s’ébauche. Cependant la force d’habitude qui est sienne exerce son emprise toute puissante. L’Apprenti se trémousse sur sa chaise au septentrion. Il doit se taire. Il écoute, observe et petit à petit son comportement se modifie. L’Apprenti imite, copie mais ne pense pas encore par lui-même. Que connaît-il de la spiritualité maçonnique ? du symbolisme opératif ? S’il a la volonté de poursuivre, il  n’a aucun savoir et le pouvoir est détenu par le Vénérable Maître sis à l’Orient. Il n’est pas encore « Maçon », même s’il a droit au titre de Frère. Il cogite sur les Planches des Orateurs, sur les observations des Frères lorsque la Parole circule…. L’apprenti comme l’enfant peut subir l’envahissement des colorants mentaux du milieu ambiant (surtout si la Respectable Loge dans laquelle il se trouve, les Frères sont restés, malgré leur déguisement, des profanes. Qui, au lieu de rechercher la Vérité, comme ils disent, se servent de leur Tablier pour rechercher ici ou là un devenir compensatoire à leur triste vie. Malheureusement, ce cas serait assez fréquent puisque les 0bédiences font la course à celle qui sera la plus importante en nombre afin de prévaloir d’une audience auprès du Pouvoir). C’est, alors, le « dressage » appliqué pour répondre au besoin d’appartenance à ce groupe, à cet Atelier, à ce Rite là. Aucune liberté, aucune initiative mais adhésion aveugle au Rite, à la Respectable Loge, à l’Obédience. Il n’a que le droit de se taire et écouter !
Si l’impétrant se trouve dans un Atelier d’Initiés, tout lui est permis : on lui expliquera ce qu’est une Porte, donc la raison du Rite, ce qu’il apporte à l’initié et ses devoirs envers ses Frères, ce qu’est la Fraternité, sa responsabilité dans le monde profane.

Sinon, il y aura désillusion ou addiction au Rite qui viendra le bercer à moins qu’il ne sacrifie au Rite comme d’un moyen pour aller ailleurs en pérorant : « Je suis Maçon (quand il ne s’affuble pas du rang de l’office qu’il sert –ou dont il se sert-)  de la Respectable Loge de…   à l’Orient de …. ». C’est la confrontation de l’individu face au groupe dans lequel il vient d’être accepté. Ce que je dénonce ici est une manifestation d’une philosophie de masse, un « Mac-Donald » prêt à l’emploi spirituel, et non ce que d’aucun pense y trouver, un endroit où l’homme va se confronter avec lui-même et comprendre d’où il vient, ce qu’il fait et où il va. L’enfumage de l’Obédience, du Rite a détourné l’individu de sa quête spirituelle. A moins qu’un incident ne lui révèle son erreur d’être aller là, dans cette Obédience, dans cet Atelier…

Ce n’est pas une secte, ce n’est pas une religion, l’individu adhère à un groupe où se mêlent des discours humanistes, des rites, des symboles et où la fraternité est moins réelle que dans la vie de tous les jours. En adhérant à l’Obédience, il ignore tout de son devenir, il fait un pari sur la Respectable Loge comme le joueur sur un cheval au PMU. Parfois, il gagne, parfois, s’il est sincère, il perd. Mais au moins, lui en tire une expérience.

2° Phase de maturité du « moi »  c’est la période de l’adolescence, celle où l’individu n’est plus un enfant et non encore un adulte.

Petit à petit, l’enfant va essayer ses propres mécanismes, seul, à l’abri des regards. Son attitude d’imitation tend à disparaître. Il se rebelle : l’obéissance aux impératifs mentaux, aux consignes, aux interdits et mots d’ordre lui apparait dans toute leur puérilité. Les rythmes de la répétition, de la routine relèvent graduellement ce qu’ils ont de négatif ou de superficiel à ses yeux. Les défenses de la force de l’habitude vont bientôt connaître les premières fissures. Cela peut être constructif si l’individu d’imitateur aveugle devient créateur en se servant correctement des outils – les arts libéraux modernisés - dont il a appris l’usage à bon escient. Il ne s’incline plus aveuglément devant le fait accompli des valeurs proposées ou imposées, il ose douter et commence à repenser les problèmes et toutes choses par lui-même. Il tente déjà de se soustraire à l’action des valeurs établies par les forces de l’habitude mentale. Nous sommes à la fin de l’apprentissage. Une virilité psychologique s’exprime en lui, exigeant plus d’autonomie, d’initiative, de créativité et de liberté. Celle-ci est d’abord recherchée dans la libre affirmation de sa nouvelle puissance d’autonomie. Il souhaite alors devenir le chef (de sa propre vie principalement)…, il observe et critique – pour lui - le comportement de celui qui a encore l’autorité.
Puis, connaissant le maniement de tous les outils, excellant dans son travail, un jour, ayant épuisé toutes les possibilités d’expression, il comprend qu’il est prisonnier de ses propres créations. Alors vient le moment d’aller plus loin, de découvrir autre chose. Souvent atteindre le seuil de Peter est un révélateur pour l’homme honnête. Le « moi » perçoit les limites, il tend alors vers une réalisation plus profonde… il faut qu’il se dépasse.

Le Compagnon va, à ce moment-là, réaliser le parcours de l’adolescent. Il connaît les outils, leur utilité, le Rite. A un moment, soit ce Compagnon va au-delà du Rite, de l’Outil et découvre que le symbole est semblable à une poupée russe, soit alors il reste dans la routine, la facilité. A nouveau il est confronté à lui-même : aller chercher autre chose qu’il n’a pas encore vu mais qui attend là d’être sorti des ténèbres, peu importe la raison ? ou alors poursuivre et faire comme les faux frères,  attendre le moment que l’ancienneté lui autorise une décoration, un grade, un Office qui lui permettra de briller ?

Quelle direction ce Maçon va-t-il prendre ? Autre question essentielle : l’Atelier dans lequel il se trouve apporte–t-il au Maçon l’eau désaltérante qu’il recherche ? ou apporte-t-il au Maçon le moyen de briller rapidement ? Il est semblable à la roue : va-t-il choisir d’être dans le moyeu ou paraître dans la course à la poursuite de l’avoir ascensionnel que la circonférence l’autorise d’espérer ? Aller, dépasser la hauteur du moyeu, avoir plus que d’Etre ? C’est l’heure de vérité : que vais-je faire ? aller au-delà ? ou rester dans l’étroit territoire que je connais ? L’individu s’aperçoit – en a-t-il conscience d’abord ? – que l’état de rêve dans lequel il est plongé par l’action de la force d’habitude l’emprisonne ?

3° Phase de dépassement du « moi ».
C’est aller au-delà du ronronnement de la vie, du fameux « boulot, métro, dodo » à longueur de semaines, de mois, d’années. C’est aller au-delà du dépassement de soi s’il en a conscience. Va-t-il avoir le courage de passer cette porte ? Que risque-t-il d’y trouver ? Il est devant l’inconnu. Se pose alors la question : qui est cet inconnu ? si ce n’est que lui-même ! Sait-il que cette découverte va l’affranchir ?

J’ai rarement trouvé dans le monde profane, des individus qui allaient jusqu’à ce questionnement. Souvent les gens sont des être d’habitudes dont l’objectif est d’apporter une paye à la maison, de vivre mieux que le voisin, d’avoir ceci, avoir cela et si possible de posséder ce que le voisin n’a pas. Le terme « liberté » ne signifie-il pas en France, de faire ou pouvoir faire ce qui est défendu au voisin ? Nous sommes dans le monde du marketing où l’individu est lui-même pris comme un objet d’acquisition de richesse matérielle, toujours plus, toujours plus d’autres choses, posséder le dernier cri, « J’ai ! » et toi tu n’as pas. Dans le monde profane, lorsque l’individu va au-delà du dépassement du moi, il ne le montre pas, il est discret et heureusement il existe. Il Est et cela lui suffit.

Dans le monde Maçonnique, nous devrions le voir en nombre. Lui le sait, n’est il pas un Cherchant ? n’a-t-il pas été dans la Chambre de Réflexion ? Ne lui a-t-on pas appris ce qu’était le VITRIOL ? Là, devant lui-même, face à lui-même ne redécouvre-t-il pas sa véritable essence ? Du moins cette réflexion lui fait pressentir ce qu’il est ? Il est dans la  position des Vierges Noires. Certains symboles comme les 4 éléments deviennent réalité, il leur donne vie. Si ce n’est le cas, il n’est qu’un piètre compagnon affublé d’un costume de Maître. L’illusion est parfaite puisque tous le reconnaissent comme tel. Maintenant l’habit fait le moine. A la différence que le Compagnon costumé en Maître ne sait ETRE et joue dans le paraître retournant dans la poursuite de l’AVOIR et le DEVENIR. Le piège s’est refermé. Ce maitre, cet officier à qui l’on a confié un poste se trouvant sur l’Etoile de David parjure l’Initiation qu’il l’a fait Maçon.

Le dépassement du « moi » exige une acuité de conscience ainsi qu’une qualité de vigilance et une grande humilité. Nous ne pouvons les atteindre que par une vie intense avec un don total de notre être. Il est nécessaire d’avoir une certaine maturité. N’est pas Initié qui veut, n’est pas Eveilleur – pour le grade de Maître tant revendiqué – qui veut. Ce n’est pas le port du Tablier bordé de ruban rouge et du bourgeron que le Maître  EST. Cet habit rassure le possesseur et trompe les Frères Maîtres, donne un mauvais exemple au mauvais compagnon, voire manipule les Apprentis.

Je vous fais partager cet extrait de la Citadelle de Saint-Exupéry qui explicitera mieux que je ne pourrais le faire ce qu’est un éveilleur en devenir :

"Et celui là qui se couche dans le sable aux alentours d'un puits tari et qui déjà s'évapore dans le soleil, comme il marche bien dans son rêve. Et combien lui deviennent faciles les grandes enjambées vers la délivrance....

Mais qui marche véritablement s'abîme les chevilles aux pierres, lutte contre les ronces et s'ensanglante les ongles dans les éboulis....  Et l'eau, il l'a crée lentement avec sa chair, avec ses muscles, avec les ampoules de ses paumes, avec les blessures de ses pieds. A brasser les réalités contradictoires, il tire l'eau de son désert de pierre à la force de ses poignets.

Tu la connais ta vocation à ce qu'elle pèse en toi. Et si tu la trahis, c'est toi que tu défigures, mais sache que ta vérité est non trouvaille d'une formule..... car l'être neuf qui est unité dégagée dans le disparate des choses ne s'impose point à toi comme une solution de rébus, mais comme un apaisement des litiges.....

De même il n'est point de progrès sans l'acceptation de ce qui est. Si quelque chose s'oppose à toi et te déchire laisse croître, c'est que tu prends racine et que tu mues. ....

Bien heureux ton déchirement qui te fait t'accoucher de toi même car aucune vérité ne se démontre et s'atteint dans l'évidence. Et celles qu'on te propose ne sont qu'arrangement commode et semblable aux drogues pour dormir.

Car sache que toute contradiction sans solution, tout irréparable litige, t'oblige de grandir pour l'absorber......

Et toi même, si tu veux grandir, use-toi contre les litiges, ils conduisent vers Dieu. C'est la seule route qui soit au monde. "

Les Maçons sont bien les héritiers des Alchimistes d’antan. Certains poursuivent l’or quitte à se fourvoyer comme les faux monnayeurs tel que Trouin de Lisle qui abusa des Grands de ce Monde pour mourir à la Bastille le 30 janvier 1712, et d’autres, tel Fucanelli qui nous fit découvrir l’Œuvre. A chacun sa voie et sa vie.  

Le 27 juin 2010.

jeudi 3 mars 2011

Qu'est ce que l'écoute active ?

Dans la communication, nous avons une obligation qui nous vient des droits acquis par l’Autre sur nous, et consécutifs à un don premier initiateur à la vie sociale. Hermès présida à la communication en accordant aux hommes l’avance généreuse et l’honneur qui sont l’apanage du nouveau membre dans la communauté. C’est cela même qui va l’obliger et ainsi introduire la justice. Sans assujettissement premier, il n’y aurait ni sujet responsable, ni conduite morale, ni surtout communication sociale et donc progrès d’éthique.
Nous n’insisterons jamais assez sur l’impérieuse nécessité que constitue l’écoute. Ecouter les clients, écouter ses collaborateurs, écouter ses collègues, écouter son conjoint et ses enfants : plusieurs manières de vivre et d’être avec les autres.
Lorsque, dans le dialogue, notre affectivité et nos intérêts sont contrariés, nous devenons le jouet de notre nature et de notre spontanéité, des lapsus lingus.
Nous avons tendance à agir sous l’emprise de nos pulsions, de nos préjugés, de nos complexes... On entend souvent cette phrase « j’ai agi sous l’emprise de l’émotion » qui siège dans notre inconscient mais dont l’action est la projection de notre imaginaire, notre image du Moi. Nous exprimons une projection comportementale.
Emprisonnés dans notre « savoir dire » et dans notre « savoir faire », nous sommes portés à juger l’autre d’après notre seule « vision du monde »:
·       mes principes ont-ils plus de valeur que ceux de mon voisin ?
·       je suis un homme, ma femme ne réagit pas aux mêmes stimuli, son fonctionnement est-il le même ?
·       je suis un « vieux », est-ce que le jeune a une autre conception de sa vie future ?
·       etc....
Nous avons réfléchi, dans le préambule, à tout ce qui pouvait nous séparer sur le plan culturel. Ce comportement creuse l’écart qui nous sépare de notre interlocuteur. L’écoute active, elle, contribue à combler de cet écart.
Avant que nous ne soyons gouvernés par nos « a priori », nos émotions, nos réflexes et par nos sens, avant donc que n’éclatent nos forces de défense ou d’agressivité, avant que nos complexes nous régissent, l’écoute active accomplit son rôle en deux temps si notre attention à l’Autre est présente :
1° temps
·       attitude gestuelle (poing fermé ou main ouverte)
·       attitude verbale (sourire ou moue dubitative)
·       attitude de rejet, d’objection
·       attitude de protection
·       etc....
l’écoute active cherche ce qui a pu mettre l’autre en état de dissonance. L’écoute active fonctionne alors comme un « radar » détecteur de toutes les perturbations.
Celui qui parle, sait qu’en s’exprimant, il va obligatoirement occasionner un impact sur l’Autre mais il en ignore la nature et l’importance. Il attend donc un écho, il observe l’effet miroir.
En effet, la contribution verbale (les mots eux-mêmes) dans un dialogue n’est que de 7% contre 55% pour l’activité faciale (mimiques, sourires, yeux, regard, etc.) et 38% pour l’activité vocale (intensité de la voix, débit, tonalité, etc.).
2° temps :
Aux causes perturbatrices l’écoute active substitue des valeurs d’échange. Elle fait s’interroger l’autre jusqu’à la transformation de ses attitudes négatives en comportements positifs.
Elle libère notre nature et notre spontanéité au profit de notre « savoir être » avec l’autre dans le dialogue.
Lorsque nous nous sentons en sécurité, que nous connaissons et acceptons les règles du jeu, on est sûr de soi. Confiance veut dire : foi en soi. Nous donnons la pleine mesure de nos moyens. C’est la confiance en l’unité créée que matérialisent les résultats.
On est bien loin d’un rôle passif entre deux individus puisque le but affiché est une meilleure communication et une entente entre les personnes qui acceptent de se trouver sur le même pied dans un respect mutuel. Ici, les phénomènes tels que l’empathie (vivre le monde intérieur de l’autre comme s’il était notre monde) et l’écho (connaître la signification des sous-entendus, attitudes de l’autre) jouent un rôle actif de part et d’autre.
Dans le premier cas d’écoute (où l’on veut imposer son point de vue), on assiste à la mort du dialogue. Chacun reste dans sa sphère : monologues plutôt que dialogues. Dans le cas d’une domination (l’interlocuteur est trop loin et a perdu le contact avec l’autre) ou dans le cas d’une soumission (trop près, il y a risque d’identification à l’autre).Nous rencontrons souvent ces phénomènes de décrochement auprès des adolescents dans les collèges et lycées. D’où une tendance à interpréter et à évaluer ses motifs (d’ordre rationnel) et ses mobiles (d’ordre affectif). Ce comportement va à l’encontre d’un résultat escompté dans la communication : être en relation. Il n’y a plus de dialogue puisque plus de communication au sens initial du terme.
Par contre, dans la vraie communication, on cherche à comprendre l’autre et aussi à élucider les vraies raisons et les vrais sentiments de l’autre. On l’aide à trouver Ses réponses à ses besoins en lui permettant d’utiliser sa propre énergie, sa propre force qui sont donc plus efficaces.
On se montre disponible à l’autre. Pour reprendre un schème, on l’autorise à  exprimer son empreinte inconsciente en lui permettant le réflexe structural de la verticalité et du réflexe digestif lié à la transformation. On le regarde « tel qu’il est » mais non « tel que je le vois » ou « tel que je voudrais qu’il soit ». De fait on tient compte de ses véritables objectifs logiques et psychologiques sans projeter notre « vision personnelle du monde». Il y a « Lui », identité spécifique et « Je » autre identité. L’un et l’autre vont à la découverte de leur vis à vis. Cette exploration est source de richesse mutuelle.
L’écoute active est :
·       savoir écouter, écouter et encore écouter. Bien entendu avec ses oreilles, ET AUSSI avec sa vue, observer la gestuelle qui est une communication de non-dit, son apparence. ET AUSSI, ce qu’il transpire, ce qui sourde de son Etre. Ericsson disait : ce que tu es crie plus fort que ce que tu dis ».
·       faire s’interroger l’autre à partir de paroles qu’il aura prononcées et de son attitude face à lui même
afin de
·       combler les écarts qui nous séparent,
·       recentrer le sujet par rapport aux objectifs communs fixés.
Préparer l’écoute : se préparer à puis partir à la découverte de l’Autre depuis son
         historique, sa problématique.
Provoquer l’écoute : l’inciter à parler de lui, de sa problématique, le laisser
            s’exprimer, comprendre comment lui voit le monde, avancer des          idées....
Traiter l’écoute : déceler l’environnement interne : les non-dits de l’interlocuteur
Entretenir le climat : ne jamais l’interrompre ne jamais terminer les phrases à la
place de l’interlocuteur, tout prendre en compte, vérifier toutes les informations, reformuler

Important pour l’animateur en réunion
Il est essentiel, pour l’animateur, de déterminer ses alliés potentiels, les passifs, les adversaires possibles.
D’une manière habituelle et inconsciente, les individus se disposent autour de la table ou d’une pièce selon leur place, leur état d’esprit, leur manière d’être ou qu’il revendique au sein du groupe.
Les migrations
Les individus, au bout de quelques heures ou jours se positionnent ainsi :
- les leaders actifs participatifs à gauche du Président, ou de l’animateur de la réunion.
- les plus coopératifs agissants dans le sens du Président ou de la réunion à gauche en haut.
- les leaders adversaires, destructeurs se placent à droite
ceux qui peuvent se révéler les plus dangereux à droite en haut, face à l’ami sûr de l’animateur.
- il peut se trouver sur la gauche du Président un ancien leader actif « démoli » devenu négatif
- comme sur la droite, on peut détecter un leader trop timide qu’il faut encourager pour qu’il se retrouve à sa place véritable sur la gauche du Président.
Détection du, (des), leader
L’animateur recherchera à déterminer rapidement ceux sur qui il peut compter pour la suite de la - (des) réunion en faisant un tour de table de représentation. Tout de suite chacun va exprimer et communiquer son état du « MOI »
- locomotive ou wagon ?
- souriant ouvert ou renfrogné fermé ?
- primaire ou secondaire ?
- ne pas oublier le manipulateur qui se glisse autour de la table. Il est assez reconnaissable par sa gestuelle différente de l’ensemble et assez provocatrice généralement.
- par le son de la voix, ses expressions, son visage, ses mains, ses jambes (croisés ou pas)... les mots employés pour se présenter.
L’animateur évaluera si ce tour de table est conforme, cohérent entre la place occupée par chaque participant autour de la table et ce qu’il dit, fait, ressent.
Il peut commencer sa réunion, il n’est plus dans l’inconnu :

samedi 26 février 2011

l'homme et l'animal ont le même comportement : est-ce normal ?

Cet article décrypte le comportement d’un individu lambda au sein d’un groupe ordinaire.
L’Homme est un être pétri de désirs, de pulsions et d’affect. Le travail ne peut qu’assouvir ses besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant aux premiers. Henri Laborit. Les besoins sont, bien entendu, d’ordre physique et psychologique.
Les différentes découvertes neurobiologiques nous font découvrir que la seule raison de l’être est d’être en satisfaisant au mieux ses besoins vitaux. Et que la fonction du système nerveux est d’agir sur l’environnement afin d’en contrôler les caractéristiques au mieux de son intérêt, de son équilibre biologique afin d’en maintenir la structure. Pour cela, il hérite de l’avoir biologique de ses deux parents -la méiose - selon les lois de Mendel et de l’apprentissage à la vie de son entourage, c'est-à-dire de l’innée et de l’acquis. Ce que l’Homme engramme dans son système nerveux depuis sa naissance, à son insu - parce qu’il ne peut tout savoir et tout décoder -, ce qu’il en fait, fait de lui un être unique.
La seule certitude que l’exploration du comportement humain est que toute pensée, tout jugement, pseudo-analyse logique n’expriment rien d’autre que 1°) nos désirs inconscients (qui trouvent leur source dans bien des domaines que j’explique dans mon dossier sur la PNL), 2°) la recherche d’une valorisation de soi-même à nos propres yeux et à ceux de nos contemporains.
Parmi les relations qui s’établissent à chaque instant présent, entre notre système nerveux et le monde qui nous entoure, le monde des autres hommes surtout, nous isolons préférentiellement celles sur lesquelles se fixe notre attention. Elles deviennent pour nous signifiantes parce qu’elles répondent ou s’opposent à nos élans pulsionnels, canalisés par les apprentissages socioculturels auxquels nous sommes soumis depuis notre enfance. Nous n’avons pas et ne pouvons pas avoir la connaissance, la vision, etc., intégrale car nous sommes limités par notre corps et donc sujet à ce que nous autorise à percevoir ce corps. De la même façon que celui qui est dans une pièce et regarde par la fenêtre est limité dans sa vision par ce que laisse voir celle-ci.
Lorsque l’enfant paraît, il ne sait pas qu’il existe. Pourtant son cerveau bien qu’immature possède déjà une structure pulsionnelle répondant à ses besoins primaires fondamentaux et une structure nerveuse qui permettra l’acquisition des automatismes de son habitus primaire (vision parentale) et de l’éthos (les mœurs de son environnement natal) puis l’apprentissage des forces d’habitudes de son groupe d’appartenance dans lequel il va évoluer. (Ces forces d’habitudes sont les règlements, coutumes auxquels l’individu va se conformer et sur lesquels il va asseoir ses automatismes de vie quotidienne, comme l’apprentissage de la conduite automobile, les règles grammaticales ou des formules mathématiques et théorèmes de base, etc.). A sa naissance l’enfant est inculte, n’est qu’énergie, potentiel qui s’ignore. Alors qu’il pourrait se développer selon son libre arbitre et son sens critique au fur et à mesure de l’assimilation de ses savoirs et connaissances, ses parents et l’école se préoccupent de sa mise en “ culture ” conforme à celle définie par l’idéologie dominante. En Europe, par exemple, sur celle de notre vision « chrétienne ». Cette vision qui oblige chacun à devenir perfection en une seule vie pour pouvoir avoir, comme les Saints, le privilège de s’asseoir à la droite du Père et ainsi éviter les Enfers. Pour atteindre ce but ultime, les Pères de l’Eglise ont intimé l’ordre au peuple - hier ignorant - d’obéissance aux représentants de leur « loi ». Ces représentants ayant, aux yeux de la plèbe, le mode d’emploi que celle-ci doit suivre à la lettre, non en esprit, pour atteindre le but ultime promis.
Ce devoir, cette exigence, loin de civiliser l’homme, va déchainer chez certains, ceux qui vont réfléchir, en bien ou en mal, des déviances. On va les retrouver dans leur comportement puisqu’ils vont, comme ils l’ont si bien observé, juger, en tout égoïsme et individualité, leur impossibilité, leur incapacité à atteindre la récompense ultime tant vantée par l’Eglise.
Observons par opposition les habitudes de vies des Américains face à ceux issus des pays de Moyen Orient ou des Chinois. Chaque génération de parents va donc enseigner à sa progéniture ce qu’ils pensent être le meilleur pour leur enfant, leur conception, à eux, du bonheur.
Par ailleurs nous savons que ce système nerveux vierge de l’enfant à sa naissance, s’il n’est pas mis en contact avec ses semblables ne deviendra jamais un système nerveux humain. Bien que l’innée soit là – et cependant, impossible à localiser – jamais ce cerveau là ne pourra exprimer un acquis : il faut un model.  Quelques cas d’enfants sauvages ont été relatés par la science et la littérature. Ceux-ci nous démontrent qu’à chaque stade du développement de notre système nerveux, l’enfant doit acquérir des données de l’éducation et de connaissance intellectuelle propre à son éthos sous peine de non-acquisition ou du moins avec de grandes difficultés. J’ai entendu cette réflexion à propos d’adulte : “ cet individu n’est pas fini ”, c'est-à-dire que cet adulte là ne se comporte pas comme un être autonome, responsable.  D’autres cas d’enfants observés ayant une origine d’un pays lointain, élevés par des parents européens dès leur plus jeune âge, acquièrent la mentalité des enfants d’origine européenne.
Le programme génétique chez l’Homme aboutit à un système nerveux, instrument qui sera façonné avec les rapports avec son environnement qu’il soit inanimé – montagne ou plaine, hutte ou maison en pierre etc, - ou animé – de ces rapport avec les autres individus de la même culture qui peuple la niche où il va naître et se développer. Dès lors il se trouvera soumis entièrement à l’organisation de cette dernière.
Le système nerveux répond d’abord aux nécessités urgentes qui permettent le maintien de la structure d’ensemble de l’organisme, l’expression de la vie. Ce faisant, il répond à ce que nous appelons les pulsions, principe de plaisir, de la recherche de l’équilibre biologique. Un bébé ne pleure pas sans raison : il a faim, il n’a pas fait son rôt ou il est sale. Par ailleurs, par exemple un enfant ayant subi un traumatisme psychologique grave, va l’enfouir au plus profond de son inconscient, afin que la vie se poursuive, au mieux pour lui. Il permet ensuite, du fait de ses possibilités de mémorisation, donc d’apprentissage, de connaître ce qui est favorable ou non à l’expression de ces pulsions, de sa vie. Les motivations pulsionnelles transformées par le contrôle social, des apprentissages, des automatismes socioculturels seront à l’origine de la mise en jeu de l’imaginaire. L’imaginaire, fonction spécifiquement humaine permet à l’Homme de transformer l’environnement.
Ce que nous pouvons admettre est que nous naissons avec un instrument, notre système nerveux, qui nous permet d’entrer en relation avec notre environnement et que celui-ci est semblable à celui de notre voisin. Rappelons-nous de notre prière journalière du Notre Père : nous sommes tous frères.
Rester normal est resté cohérent par rapport à soi-même et pour cela il faut conserver la possibilité d’agir conformément à nos pulsions, transformées par notre habitus primaire et notre éthos.
Nous rappellerons que la fonction du système nerveux consiste essentiellement dans la possibilité qu’il donne à un organisme d’agir, de réaliser son autonomie motrice par rapport à l’environnement  de telle façon que la structure de cet organisme soit conservée. Pour cela deux sources d’informations lui sont nécessaires. La 1ère le renseigne sur les caractéristiques changeantes de l’environnement et sont captées par les organes des sens – vue, ouïe, odorat, toucher, et le goût. L’autre le renseigne sur l’état interne de l’ensemble de la communauté cellulaire organique qu’il a mission de protéger, à savoir la structure (son corps) tout en permettant l’autonomie motrice – système neurovégétatif. Ce que ce système nerveux découvre de l’environnement va avoir une action sur l’individu et ce qu’il éprouve le pousser à agir ou réagir sur cet environnement.
Les structures les plus primitives du cerveau, l’hypothalamus et le tronc cérébral, suffisent à assurer un comportement simple répondant à un stimulus interne que nous appelons pulsion. Ce comportement inné permet l’assouvissement de la faim, de la soif, de la reproduction, enfin, satisfaire tous les besoins physiologiques de l’individu. Nous sommes, d’abord, une cellule qui a évolué par nécessité et circonstance au fil du temps.
Chez les premiers mammifères apparaît le système limbique qui autorise les processus de mémoire à long terme. Dès lors toutes expériences avec l’environnement ne se perdront plus et seront mises en réserve. Leur évocation à l’intérieur de cet organisme pourra survenir sans relations de causalité évidente avec les variations survenant dans le milieu extérieur. Elles seront toutes enregistrées comme agréables ou désagréables ou neutres et, donc, comme permettant le maintien de la structure ou, au contraire, dangereuses pour celle-ci. Les premières auront tendance à être répétées – phénomènes de renforcement, les secondes à êtres évitées – phénomène de l’élastique. Ces actions résultent de l’apprentissage. La motivation fondamentale des êtres vivants semble être le maintien de leur structure organique, elle dépendra soit des pulsions en réponse à des besoins innés ou à des besoins acquis par apprentissage.
Avec le cortex on accède à l’anticipation à partir de l’expérience mémorisée des actes gratifiants ou nociceptifs, et à l’élaboration d’une stratégie capable de les satisfaire et de les reproduire ou de les éviter respectivement.
Il semble exister trois niveaux d’organisation de l’action :
1.       Le plus primitif, à la suite d’un stimulus interne ou/et externe organise l’action d’une manière automatique et est incapable d’adaptation : fuite, colère noire, réaction brutale et souvent disproportionnée, etc.
2.     Celui-ci organise l’action en prenant en compte l’expérience antérieure grâce à la mémoire limbique. Ce niveau cache souvent la pulsion primitive et enrichit la volition de tout acquis dû à l’apprentissage.
3.     Ce niveau est celui du désir. Il est lié à la construction imaginaire et anticipative du résultat de l’action entreprise. D’ailleurs toute la communication marketing se base sur ce phénomène pour appâter le chaland.
Cette action se situe dans un espace où se trouvent des objets et des êtres – le groupe et son environnement - qui permettent un apprentissage gratifiant assurant le renforcement de l’équilibre de l’organisme.
L’appropriation de cet espace gratifiant peut devenir source de conflit d’intérêt avec d’autres hommes. C’est le cas de la grande majorité de la population. Le Crédoc, l’Insee, l’Ifop, les agences de marketing, suivent l’évolution de ce phénomène plus ou moins fluctuant à travers les sociostyles. Ils étudient des groupes d’individus rassemblés selon des critères homogènes de styles de vie (manière de vivre, manière de penser, attitudes, opinions, valeurs des comportements, aspirations… etc.) Peu d’individus en sont conscients et se trouvent donc au dessus de la mêlée, regardant tel l’éthologue (celui qui étudie les mœurs animales), le comportement humain.
Apparaît, ici, l’établissement d’une hiérarchie de dominance, la notion de dominant et de dominé. Ces rapports interpersonnels ont des conséquences.
L’expérimentation montre en effet que la mise en alerte de l’hypophyse et de la corticosurrénale aboutit, si elle dure dans le temps, à des pathologies viscérales (ulcère d’estomac, impuissance sexuelle, hypertension artérielle par exemple). C’est souvent dû au stress supporté.
1.       par les dominés.
2.     par les dominés qui cherchent à asseoir leur dominance.
3.     par les dominants dont la dominance est contestée et qui tente de la maintenir.
L’agression est une quantité d’énergie capable d’accroître l’entropie d’un système organisé, c.à.d. capable de le détruire. Il existe deux sortes d’agressions. Les agressions directes (physiques ou chimiques) qui s’en prennent à la personne physique, visible, que l’on constate et l’agression psychique qui passe par la mémoire et l’apprentissage de ce qui peut être anxiogène pour l’individu, mais non visible. Dans le premier cas, l’individu consulte le médecin et pour le second cas, l’individu consulte le psychologue. Si cette agression ne trouve pas de solution adaptée immédiate elle débouche chez l’Homme sur un comportement d’agressivité défensive pouvant aller jusqu’au suicide en passant par l’autopunition en mettant en jeu le système inhibiteur de l’action. On le constate actuellement dans certaines entreprises françaises ayant pignon sur rue.
Animal, l’Homme l’est et pourtant… Dans l’action, nous l’avons vu, il agit selon trois niveaux qui lui viennent de ses ancêtres :
Premier niveau. Il possède la possibilité de mémorisation qui permet l’apprentissage et surtout l’imaginaire qui autorise l’anticipation. Ce qui le différencie de l’animal est la possibilité de transmettre par le langage et les écrits l’information aux générations suivantes. L’enfant qui naît bénéficie ainsi de l’expérience acquise (habitus secondaire) depuis les premiers âges humains surtout lorsque l’écriture et le symbolisme viennent compléter la transmission orale facilement déformable.
Deuxième niveau. L’Homme est le seul animal qui sache qu’il doit mourir. C’est le seul que l’on connaisse qui enterre ses morts. C’est le seul qui pense – quand on lui en laisse le loisir – à sa mort.  Dans notre civilisation, l’Homme est considéré comme une usine à consommer sa propre production (culturelle et matérielle) et tout est organisé pour l’empêcher d’envisager sa décadence, la maladie et sa disparition. C’est dommage car l’angoisse qui en résulte est sans doute une motivation très forte à la créativité. Combien d’Homme souhaitent laisser à leur postérité une trace : culturelle, scientifique, politique etc. Beaucoup plus que l’on ne le pense généralement.
Troisième niveau. Ce que laisse l’Homme à la postérité, dont il soit sûr au moins pour une ou deux générations, sont les idées, l’énergie qu’il a émis pendant sa vie. La photo de l’aïeul, s’il a laissé une trace, est toujours mise en bonne place dans le salon. Le nom est et reste l’empreinte de l’appartenance à la «Tribu » qui nous permet de remonter le cours de l’histoire grâce à la généalogie. Pour chacun d’entre nous, notre nom est le terme qui est le plus important à nos yeux, nous dit Freud. La somme de ces découvertes scientifiques, philosophiques font ce que nous sommes aujourd’hui, héritage de tous ceux qui nous ont précédés sur cette terre. Tandis que l’animal ne semble pas avoir évolué, se conformant depuis la nuit des temps à ses instincts d’animal conforme à sa race.
L’angoisse fait partie intégrante de l’Homme, elle est liée à son devenir, à sa capacité d’anticiper l’action. Mais qui de l’angoisse ou de la Foi, fit son apparition la première chez l’Homme ? Il est possible que la première engendre la seconde. Si la première inhibe, la seconde peut fournir une raison d’avancer. Les deux sont de toute façon des facteurs motivationnels. La sublime gratification ne peut s’obtenir que par le risque – calculé – et la victoire sur l’angoisse que cela procure. Empêcher d’action, si on lui interdit l’imaginaire, l’espérance d’entreprendre, la prière, l’homme met en place l’entropie, la mise en danger de sa vie. La cause première de l’angoisse chez l’homme est l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante qui permet le maintien de l’équilibre de l’organisme. Le fait de combattre par l’action l’agression ou le fait de pouvoir fuir dans l’imaginaire sont des moyens d’échapper à l’angoisse. Soljenitsyne nous le prouve par sa vie et ses écrits.
Le déficit informationnel, l’ignorance provoquent l’angoisse et ceux qui en souffrent auront tendance à faire confiance à celui qui dit savoir et se prétend compétent. Par paresse, mais aussi par acceptation d’une position de dominé, celui-ci ira se faire paterner par le dominant au lieu de faire sa propre recherche d’information, qui souvent sera plus adaptée et complète que celle offerte.
A contrario, la surabondance d’informations qui envahit l’Homme sans que celui –ci puisse réagir crée l’angoisse qu’aucun acte gratifiant ne peut sécuriser. Or aujourd’hui, cette débauche d’informations, dont on ne connaît pas toujours la provenance, est souvent contradictoire. Un des rares moyens d’y échapper est d’exercer son sens critique. Malheureusement, il faut le reconnaître, l’individu part avec un sérieux handicap : un manque de temps certain pour vérifier l’info.
Un autre facteur anxiogène pour l’homme est de se rendre compte de l’impossibilité de réaliser l’acte gratifiant envisagé. Cela peut déboucher sur l’agressivité, la violence ou la passivité. Ce phénomène se rencontre souvent chez les jeunes en réaction de l’ordre admis et aussi chez le fonctionnaire « gratte-papier » ou sans grade.
La raison la plus fréquente qui nous empêche d’agir est le conflit qui s’établit dans nos voies nerveuses entre les pulsions (sources de désir) et l’apprentissage de la punition, de l’interdit dû à l’environnement socioculturel ambiant. Imaginons ce groupe de naufragés dans la montagne après leur accident d’avion quand leur seule nourriture à disposition ne fut plus que les cadavres des compagnons morts de froid et l’interdit culturel et moral occidental face au cannibalisme…
Autre source d’angoisse la notion de relativité des jugements : le manque de certitude sur lequel se reposer. C’est cela qui motive l’Homme dans sa quête de la connaissance ou la recherche de la Vérité.
Dans un premier temps, le cerveau essaie de contrôler l’objet anxiogène et de le neutraliser (comportement défensif agressif – les muscles se raidissent, yeux deviennent fixes…) ou, selon, choisit la fuite (évitement actif souvent irraisonné). Comme l’animal acculé, va-t-il ou peut-il fuir, sinon attaquer, défendre sa peau, tenter le tout pour le tout. Le cerveau enregistre le résultat de cette action : succès ou échec. La répétition de cet apprentissage va induire des “ élastiques ” dans le cas d’échec et l’individu deviendra dépendant d’un processus de mémoire qui agira à son insu. Ce processus agira maintenant dans la vie de l’individu comme un fantôme, un revenant à chaque fois qu’il se trouvera confronter à une action similaire.
Nous avons vu précédemment que nous utilisons le faisceau de la récompense le plus souvent possible. Il existe un processus parallèle inhibiteur à l’action. Quand un événement survient indiquant que l’individu devrait recevoir un acte gratifiant à son action alors, qu’au contraire, sa mémoire d’apprentissage lui rappelle qu’en répondant à sa pulsion, il sera puni, apparaît l’angoisse. Dois-je faire ou ne pas intervenir ? Dois-je fuir ou attaquer ? Apparaît le doute qui paralyse l’action.
Liberté, quel sens peut-elle avoir ? Si nous discutons avec un Nord Américain nous nous apercevons vite qu’elle s’arrête au dessus de la ceinture. En France, elle signifie de pouvoir jouir de quelque chose d’interdit à l’autre. Je fais référence à notre antériorité culturelle remontant en septembre 1620 pour les Américains et 1789 pour les Français. Tout est conditionné par notre inconscient personnel et collectif, notre histoire. Nous agissons, trop souvent, sans connaître les motifs de notre choix. En 1870, Thiers récompensa les Communards de leur échec en les exilant à l’autre bout du monde, en Nouvelle Calédonie. Que pouvaient-ils faire une fois sur place ? Aller étudier les mœurs des Kanaks et adopter leur mode de vie ? Elaborer le projet de vie pour lequel ils s’étaient battus ? Non, seuls, loin de leurs repères, ils bâtirent une société identique à celle qu’ils avaient combattue ! En sommes-nous seulement conscient ? Lücher nous le démontre lorsqu’il nous demande de hiérarchiser le choix de 8 couleurs. La combinaison obtenue permet au psychologue de pénétrer l’inconscient du patient. Alors comment prendre conscience des pulsions qui sont contrôlées par nos automatismes socioculturels trop souvent inconscients ? La grande manipulation de notre civilisation est d’avoir convaincu chacun que la liberté était dans l’obéissance au Droit institué par la Classe Dominante et à sa hiérarchie qui fonde notre Société. Gloire au vainqueur et mort au vaincu ! Respectueux de ce précepte, pour tout un chacun, il est devenu le seul moyen de s’élever dans la hiérarchie. Churchill disait que de toutes les institutions politiques, la démocratie était la moins pire de toute.
Pourtant nous pouvons opposer “ liberté ” et “ déterminisme ”. Le déterminisme implique un principe de causalité linéaire, alors que celui de liberté accepte la dichotomie et le « peut-être », sous tendant la part d’aventure qu’a l’Homme à découvrir les lois du déterminisme et à les comprendre. Entre la logique Aristocratique et la logique du tétralemme défendue par Platon se positionne la liberté de chacun. (Se reporter à l’article : suivre la logique. OK mais laquelle ?)
Il est curieux de constater combien l’Homme de notre Civilisation est attaché au terme de Liberté Chez nous, ce concept sécurise. Les grandes surfaces alimentaires ont basé leur fortune sur cette particularité. Nous bâtissons de nos mains notre destinée individuelle, du moins nous en sommes convaincus. Maslow lui nous démontre que nous recherchons à satisfaire notre besoin d’appartenance au groupe qu’il soit familial, professionnel, régional etc. Pour ce faire nous allons imiter celui qui est représentatif de ce groupe. Nous admettons ainsi sa dominance sur nous et acceptons le principe de hiérarchisation. De ce fait, nous sommes confrontés à la liberté de ceux qui occupent notre environnement. De cette confrontation naîtra le principe de hiérarchisation des individus, des uns par rapport aux autres. Le chef, le leader, le dominant et puis les autres.
Dans le concept de liberté l’individu va trouver le concept de “ responsabilité ”. Celle ci s’accroît avec le niveau atteint dans la hiérarchie de l’organisation – elle est souvent liée à nos compétences professionnelles. Mais s’il n’existe pas ou peu de liberté à la décision (celle-ci étant le résultat de nos pulsions inconscientes), peut-il exister une responsabilité ? Rappelons-nous de la citation d’un Premier Ministre sous la Présidence de Monsieur Mitterrand : « Responsable mais pas coupable ». Ce que l’on peut dire est que l’accomplissement d’une fonction demande un niveau de connaissances techniques et d’informations professionnelles. On oublie que l’homme est fait aussi d’émotions et que ses sentiments vont avoir une influence certaine sur ses compétences.
Nous savons que la peur (qui fait partie des sentiments) de perdre ce que l’on a modifie le comportement de chacun d’entre nous. On comprend mieux pourquoi, le « petit » chef peut faire parfois de la rétention d’informations. Il utilisera des moyens de coercitions, si d’aventure, d’aucun moins bien loti que lui,
·      lui fait de l’ombre de par sa personnalité
·      et particulièrement si ce « petit » chef est obligé d’accepter que ce subordonné peut acquérir une connaissance l’amenant au même niveau, voire supérieur, que lui.
Pour pallier à cette éventualité le chef doit alors se remettre en question. Cette motivation à…, il va la trouver dans le mécanisme nerveux central où siège la volonté, celle-ci le poussant à la recherche du plaisir le plus trivial, celui d’être et de rester le plus fort, être celui qui est le plus important du groupe, donc d’être toujours un dominant quoi qu’il en coûte. Rares sont ceux qui trouvent dans l’envie de progresser du subalterne, émulation à évoluer aussi vers le haut. La remise en cause de cette place dans la hiérarchie peut provoquer, à terme, des dysfonctionnements dans les systèmes nerveux, végétatifs, endocriniens chez l’individu. C’est une question de survie.
Ce raccourci nous montre que le concept de Liberté est rarement analysé et favorise l’établissement des hiérarchies de dominance qui sont librement consenties et acceptées par tout un chacun. Elle est la base de notre Société. Etre libre n’est-il pas compris comme étant autorisé à faire ce qui est interdit à l’autre ? D’avoir ce privilège que dans l’Ancien Régime, le Roy et les Courtisans avaient ?  Aujourd’hui nous sommes en Démocratie et donc « je suis » le nouveau Roy, ou considéré comme tel par ceux qui me reconnaissent comme tel.
Si nous admettons que le concept “ Liberté ” utilisé dans notre société est une tromperie langagière cela nous permettra, peut-être, d’accepter et de comprendre la notion de tolérance. Depuis notre enfance nous sommes mis sur les rails de la liberté. Il nous faudrait nous comporter en Homme libre et responsable et en réalité vivre dans notre Société telle qu’elle est instituée par la Classe Dominante et acceptée par les dominés que beaucoup sont. Les contestataires ne sont jamais bien acceptés dans leur environnement, ils dérangent trop par leur individualité.
Les plaisirs ou les pulsions sont des phénomènes qui sont chargés de nous maintenir en vie et sont donc naturellement nécessaire. Cette recherche du plaisir est le moteur à toute motivation de l’Homme. Motivation qui dépend d’abord de notre cerveau reptilien mais aussi mammalien et de notre cortex. Le plaisir est lié à l’accomplissement d’un acte gratifiant qui donne un bien-être. L’individu recherche l’assouvissement de cet acte gratifiant, bien qu’il soit passager – il disparaît dès que consommé, mais le bien-être demeure puis lui-même s’estompe. Apparaît un état de manque et la réapparition du besoin pulsionnel. La recherche de l’accomplissement du besoin pulsionnel est canalisée par l’apprentissage des codes et valeurs en vigueur de l’environnement socioculturel ambiant.
Dans notre monde mercantile à dominance hiérarchisante, la recherche de l’acte gratifiant sera orientée vers la production de marchandises, ou la promotion sociale. Ce cycle étudié par KARSKY est la base du phénomène motivationnel. Chez l’homme la récompense s’obtient souvent par l’action sur l’environnement. Néanmoins attention à la sémantique culturelle ambiante. Nos automatismes donnent une connotation négative au terme plaisir auquel on associe trop souvent la sexualité. Sexualité encore mal perçue par le tamis de la “ morale ” religieuse. Mais cette recherche du plaisir n’est il pas la joie, ne s’accompagne-t-il pas de satiété, de félicité ? N’est-il pas chez l’Homme la recherche d’un acte ou d’une réponse gratifiante ? Pendant deux millénaires, il était de bon ton de souffrir pour pouvoir s’élever. Il nous sera donné au centuple dans l’autre monde. Donné quoi ? 1789 renversa tout cela. Malheureusement, les automatismes sont durs à mourir, pour les dominants qui, grâce à l’imaginaire, au respect de la hiérarchie, aux règles établies continuent de perpétuer l’idéologie de la souffrance rédemptrice pour conserver leur statut de dominant sans être obligé de se remettre en question. C’est ce que nous vivons journellement dans certains cercles fermés (Administrations ou dans les services du monde privé, certaines associations par exemple) chez nous où la chronique des faits divers nous relate les suicides ici ou là. Ou sous d’autres cieux où la population est soumise à l’idéologie du « Guide » autoproclamé et dont la rébellion s’accompagne de victimes de la répression sanglante….
Seules les satisfactions d’élévation hiérarchiques sont honorables. Cette élévation sera d’ordre numéraire dans une économie libérale, d’ordre d’un grade plus élevé dans l’Administration jusqu’à atteindre le seuil de Peter : « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétences » nous apprend l’anthropologue Hall et rajoute « avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité ».
Hors ces deux principes, point de salut. Toute la créativité de l’Homme va, soit se diriger vers l’accroissement de son compte en banque, soit gravir les échelons de la hiérarchie de son organisation pour bénéficier des bienfaits aux autres refusés, soit tout faire pour conserver son état de dominant en se servant de tous les artifices inventés par la religion, la culture ambiante, l’ancienneté, le respect dû au « chef » par exemple.
En 1954, deux chercheurs américains, Olds et Milner découvrent, au niveau des centres cérébraux des voies neuronales le « médial forebrain bundle » que H. LABORIT appellera « faisceau de la récompense » En effet les tests de laboratoire démontrent que ce faisceau qui unit les pulsions, la mémoire, de l’affectivité, de l’asociabilité est mis en jeu entraîne une stratégie aboutissant au plaisir, à la répétition de l’acte gratifiant.
Cette recherche de l’action gratifiante fait des envieux. Et pour cause, elle est source du bien être, de notre survie. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre des chômeurs et des retraités d’office pour s’apercevoir, que se procurer du plaisir leur est limité, voire interdit – à cause un compte en banque exsangue, ou par une position sociale respectable qu’ils ont dû quitter d’office et sans espoir de retour. Adieu le café apporté le matin avec déférence par la secrétaire au bureau, une fois le retour définitif à la maison, ne reste que le tête-à-tête avec soi-même... Vite, comme le noyé qui veut rejoindre la berge, il va intégrer un nouveau groupe où, peut-être, il sera accepté. La vie en groupe dont il n’a jamais su s’extraire – lui permet de continuer à vivre – comme avant… Ouf, sauvé ! pense-t-il. Il va continuer de ronronner, de parader. Il arrive aussi, souvent, que certains dominants, encore en activité professionnelle, ayant un statut trop moyen, à leurs propres yeux, adhèrent à des groupes plus ou moins secrets afin de redorer leur personnage qu’ils jugent terne.  En cas de refus, il apparaît vite une déperdition plus ou moins sensible de leur tonus vital, ils vieillissent plus rapidement et sont plus fragiles que la moyenne de leurs concitoyens en activité par une production de radicaux libres et autres méfaits biologiques biens connus des médecins.
Nous arrivons dans notre société d’hyper-consommation, de rentabilité à outrance, de la recherche du grand profit à une concurrence sans merci de la recherche du plaisir, de la satisfaction de nos pulsions. Cette motivation à assouvir ces pulsions iront dans le respect des règles établies par la société ou dans le non respect de ces règles. Ici aucune morale n’entre en considération. C’est ici le « moi je veux tout et tout de suite », le « sauve qui peut » face à la pénurie du plaisir de consommer. Je vis, donc, j’ai des pulsions à satisfaire qui me viennent de mes instincts du cerveau reptilien, de mon éthos, de mes automatismes socioculturels et comme tout un chacun je mets toutes mes intelligences et mon imaginaire, toutes mes forces vives pour les réaliser. Si je suis ainsi, et étant baigné dans cet environnement qui est aussi celui de tous, il y a des chances pour que toi pareillement, ami lecteur, tu réagisses ainsi. Si cette recherche de l’action gratifiante se heurte à l’action gratifiante identique à celle de mon voisin, s’ensuivra une compétition où tout est permis.
Nous possédons comme tous les mammifères, nos instincts primaires. Par contre notre avantage est que nous avons la faculté d’apprentissage, la faculté d’engrammer les expériences. Nous vivons dans une société qui nous renvoie l’image de nous même et, sans cette société, nous sommes perdus et donc exclus. Tous nos actes se font donc en fonction de cette société souveraine, voire dictatoriale. Comme dans les troupeaux, il y a un meneur, un dominant, un chef. Dans nos sociétés nous avons aussi des chefs. Dans un groupe d’animaux, la dominance se base sur la force, l’expérience. Dans la communauté humaine, nous avons le même type d’organisation. Sauf que la force pure “ thermodynamique ” est remplacée par quelque chose que l’animal n’a pas. Nous avons la faculté, grâce à notre cortex, d’associer, d’imaginer à partir de notre base de données née de l’expérience de nouvelles stratégies. Chacun a donc le libre arbitre de sa stratégie, en principe….
Comme tout animal, notre système nerveux nous permet d’entrer en contact avec notre environnement, d’agir sur lui pour notre épanouissement. Dans celui-ci tout ce qui permet notre bien être physiologique, mental existe et s’offre à nous. L’appropriation donne le plaisir, le plaisir apporte bien-être et félicité qui réparent et entretiennent l’organisme. Lorsque nous ne pouvons nous approprier le plaisir convoité, nous entrons en lutte pour son acquisition. Soit nous gagnons l’objet et tout va bien, nous sommes un dominant, soit nous ne pouvons le posséder et devrons laisser à l’autre la jouissance de ce bien. Pour éviter les luttes incessantes de dominance, l’organisation inventa la hiérarchie de dominance, le dominant imposant sa loi. Récemment la Société inventa aussi le Marché, l’échange et démocratisa la création et sa distribution. L’homme individuellement ne vient plus voler le bien d’un autre, il est au service d’un groupe qui se bat pour son maintient dans la course à la vie s’il ne veut subir la loi de Darwin.
Chez les humains, la force fait place à d’autres critères. Dans un monde d’économie libérale, c’est le montant du compte en banque qui désigne le dominant, le monde administratif, c’est la valeur du grade qui l’indique. Lorsque surgit un objet gratifiant désiré par deux individus, celui qui le prend est le dominant, l’autre le reconnaît comme tel. Si cet objet représente une valeur réelle pour un dominé, il y a risque de confrontation qui implique lutte ou fuite. La confrontation entre un dominant du monde libéral et un dominant du monde administratif est parfois « cocasse ». Toutes les « petites ruses » sont permises.
Dans certaines situations, lorsqu’un dominant impose sa loi à un subordonné et que celui ci la réfute, ce subordonné n’a plus que la fuite comme solution sous peine de subir des dysfionnements organiques. Au niveau du groupe, la Société a inventé la Bourse où un groupe s’approprie un autre : le premier avalant le second ou il y a bataille, comme ce fut le cas entre les banques Société Générale et BNP.
L’inhibition est un blocage au passage à l’acte dû soit à la morale ou des règles acceptées, soit à un apprentissage itératif, donc apprentissage de l’échec. Chez l’animal, la frustration – diminution de la récompense attendue, voire sa suppression – touche les mêmes cellules cérébrales que l’apprentissage de la punition. Chez l’humain, on constate que la suppression de la récompense et semblable à celle de recevoir une punition et inhibe l’action gratifiante espérée.
Si nous plaçons un animal dans une situation inconfortable mais qu’il lui est possible de fuir celle-ci ou de pouvoir décharger son agressivité, il n’en gardera aucune trace dans sa mémoire et restera alerte et dynamique. Par contre si cette position inconfortable perdure sans qu’il puisse fuir ou décharger son agressivité – par réaction – il va se recroqueviller sur lui même et perdra son dynamisme. Il va retrouver cette agressivité non extériorisée comme un boomerang qui se retournera contre lui-même. Il concrétisera tout cela en ulcères, hypertension, maladies cardio-vasculaires ou autres maladies psychosomatiques. Lorsque le corps est victime d’une agression thermodynamique externe, il s’ensuit des lésions plus ou moins importantes qualifiées de primitives. Mais dans l’expérience de l’animal précitée, le stress supporté ne fait pas apparaître de lésion puisqu’elle n’est pas primitive mais secondaire à la réaction. Cette réaction est la conséquence de l’apprentissage de “ l’inefficacité de l’action ” à contrôler l’environnement. Comme tout apprentissage, elle fait appel à la mémoire
L’entraînement à l’agression verbale, à la déconsidération publique, finit par devenir un désespoir appris et, devant l’absence de réponse à cette agression, une impuissance apprise. Cette impuissance apprise inhibe toute la volition de se surpasser, de progresser.
Mais l’interprétation du phénomène d’impuissance apprise va au-delà d’un modèle purement comportemental, pour s’articuler à une dimension cognitive. L’individu ainsi traité acquiert au cours du temps une nouvelle conception de la causalité : à savoir que l’environnement agit sur lui et que lui ne peut agir sur l’environnement. Agir ou ne pas agir revient au même !
L’impuissance s’installe. Un sujet dépressif face à un échec procède à un jugement de causalité internal, global, stable et permanent. C’est à dire qu’il s’attribue toute la responsabilité de l’échec et considère que celui-ci est définitif et qu’il peut s’étendre à tous les domaines de son existence.
Tout individu, devant une agression de l’environnement, quel qu’il soit, est en droit de réprouver une colère légitime et salutaire. Cette attitude, inconciliable avec le rôle du responsable, amène un subalterne à devenir amorphe et non participatif. Le professeur WOLPE propose comme thérapie « l’affirmation de soi » qui permet à l’individu d’apprendre et de se réapproprier des sentiments positifs ou à extérioriser un sentiment dit négatif (opposition, refus ou colère devant une agression). A tout prendre, cela vaut mieux que les produits chimiques dont les effets à long terme peuvent aggraver le diagnostic dépressif.
Cette acceptation par des adultes de « l’impuissance apprise » vécue par des enfants, adolescents ou adultes amène soit à :
1. un suicide pur et simple de l’individu
2. une atonie, un état dépressif permanent voire, plus tard, une cassure de la personnalité pouvant amener une faillite psychologique de l’individu
3. une rébellion - Cf. « Moi, Phoolan Devi, reine des bandits » - Edition Fixot, qui en est une illustration
- « La Révolution de 1789 en est un autre exemple dans la mesure où la Royauté absolue permettait à la Noblesse et au Clergé de jouir des privilèges aux dépens du Tiers Etat. Un autre exemple nous est donné par la révolte du monde arabe face aux despotes : Tunisie, Egypte, aujourd’hui la Libye et demain….. ???
Quand une source provoque une perte locale ou diffuse de la structure, elle amène une lésion (au niveau de l’engramme). C’est quand l’individu ne peut plus assurer le contrôle de l’événement anxiogène que les perturbations apparaissent.
Le Non respect de l’autre est destructif.  Soit on joue perdant pour l’autre et gagnant pour soi, ou perdant pour l’autre et perdant pour soi, comme la victoire à la Pyrrhus. Dans le non respect il y a toujours deux perdants. Celui qui gagne fait perdre la face à l’autre et ce dernier, souvent, attend son retour en gloire. L’Europe a bien connu, au long des siècles, ce phénomène.
Le système hiérarchique. Refuser allégeance à un groupe, donc refuser son mode de vie, ses valeurs et ses récompenses, c’est refuser aussi sa protection en cas de danger. C’est refuser d’être reconnu, et donc être ignorés par tous, critiqués, exclus, obligés de vivre en solitaire parce que parias.
Accepter de mourir pour les autres est accepter de mourir pour soi, pense l’homme ordinaire. Quelle personnalité peut-elle réellement espérer fleurir dans la solitude ? Ce besoin d’appartenance est si fort, impérieux qu’il est devenu notre talon d’Achille : tu fais ceci ou cela ou bien tu démissionnes, tu t’en vas. Qui n’a jamais entendu ce chantage ? Voilà la base de « l’esprit maison » tant recherché par les dominants. Alors que l’organisation (privée ou publique) devrait être un champ d’action à la créativité, l’Homme, chez ce producteur, reste un maillon de la production, objet, comme la machine qu’il utilise. Cet Homme s’il veut survivre, doit produire comme la machine qu’il manie, pense les adeptes du Taylorisme (division du travail pour un meilleur rednement) encore en vigueur aujourd’hui.
Or la plus grande richesse que l’Homme puisse offrir n’est-il pas le plaisir de travailler selon ses désirs ? Si le propre de l’Homme est de créer et la réalisation de ses pulsions, quelle énergie va-t-il déployer dans ce domaine pour s’accomplir ! Enrichissant par là lui-même et son environnement.
Si l’homme se sert de son imaginaire pour accéder au plaisir, il faut se rendre à l’évidence, le plaisir peut être gâché par le système hiérarchique identique à celui des mammifères dont il est issu. L’action gratifiante de l’un – même s’il sert l’intérêt de tous - ne peut aller à l’encontre du système s’il ne s’accompagne pas du rituel d’allégeance au système. Pour éviter le conflit, l’agressivité non exprimée reste la fuite. Nous savons qu’une montée d’adrénaline favorise la circulation sanguine dans les organes, elle favorise aussi l’anoxie dans les organes abdominaux. Trop souvent répétée, cette montée d’adrénaline causera des lésions dans ces organes, et favorisa aussi les situations d’évitement allant à l’encontre des résultats recherchés. Il faut le reconnaître, parfois la hiérarchie est aliénante, source d’angoisse et perte de créativité. Quand un système nerveux ne trouve plus dans son environnement, dans son territoire la possibilité d’effectuer des actes gratifiants, il ne lui reste plus que la fuite, la soumission ou la dépression avec ses conséquences « psychosomatiques » et pour certains le suicide.
Que faire pour éviter le joug du dominant ? Si l’individu est conscient de ce qu’il est, de ce qu’il représente pour lui et les autres. Il sait qu’il est animal mammifère, certes,  et sait que Prométhée lui a donné la Lumière. Il doit alors « oser être soi ». Il a le pouvoir sur soi et personne ne peut le dominer. Il est responsable de ce qu’il pense, de ses actions, de ses sentiments et de leurs conséquences. Il n’a besoin d’aucun guide externe, il se suffit à lui-même. Il est libre, réellement libre. Il fait ce qu’il doit faire, sans contrainte. C’est cela être adulte, autonome, et savoir coopérer avec ses semblables et son environnement en bonne intelligence, chacun enrichissant l’autre de son être, de sa créativité. Etant en dehors de ce monde de dominant-dominé, il exprime ce qu’il est en cohérence avec son « je suis » et se joue des mesquineries ambiantes, conscient de sa richesse.
Je ne saurais trop vous conseiller de lire ou de relire, avec le degré de lecture de l’âme, Jonathan Livingstone le goéland de Richard Bach. Véritable leçon de courage, d’humilité et d’humanisme désintéressé et pourtant si lumineux et chaleureux…
Pendant des siècles, l’invention fut la créativité d’un seul homme. Nous pouvons citer Leonardo da Vinci, Pasteur, Citroën, et combien d’autres. Aujourd’hui, toute nouvelle créativité, invention est le travail d’individus venus d’horizons multiples et non forcément complémentaires et ça marche. Le management marketing le démontre tous les jours. Pour qu’une entreprise fonctionne il faut des administratifs (secrétaires, juristes, DRH…), des financiers (comptables…), des producteurs (ingénieurs….) et des commerciaux (pour vendre la production) qui ne parlent pas tous le même langage (chaque spécialité a son jargon) et tous sont  unis pour satisfaire le client. Aucun d’eux n’est le chef de l’autre, tous sont responsables devant le principe de résultat et la récompense est ce résultat obtenu en commun.
Connaissez-vous l’histoire du 100ème singe ? Sur une île japonaise un macaque a, un beau jour transmis à ses congénères la pratique de laver dans l’eau du ruisseau,  des patates non lavées, cela évite d’avoir à avaler ou à cracher la saleté. A partir d’un certain nombre, par exemple 99, quand la pratique s’est étendue au centième singe, c’est toute la communauté qui s’est mise à laver les patates……
Alors je pense que ce XXI° Siècle peut être un siècle de découverte de la capacité des hommes à s’apercevoir qu’ils ne sont plus un jouet entre deux forces et qu’ils peuvent, en unissant leur savoir, apporter une paix pour tous. Ce n’est pas pour demain matin, soit. Cependant c’est déjà un début.